dimanche 26 mai 2013

Il a la pêche, et en plus, il a de la veine! (Acer palmatum Peaches and Cream)

Aujourd'hui, petits gâtés, je vais vous présenter un de mes chouchous...
Il fait mon bonheur de Mars à Novembre, là, juste en face de mes fenêtres.
C'est un ami, fou d'érables, qui me l'a offert après m'avoir vue baver devant pendant 10 bonnes minutes, lors d'une mémorable foire aux plantes dans le midi toulousain, en 2006.
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais, coïncidence suprême, les fenêtres d'une maison orientées au sud donnent presque systématiquement sur des plates-bandes orientées...au Nord! Incroyable, non? ;o))
Quand je suis arrivée dans ce jardin, en face des dites fenêtres-au-Sud, il y avait un long écran de lierre encadré de lauriers, fermant la moitié de la terrasse.
Arf. Veut pas se sentir en prison, la Zeph!
J'ai failli l'arracher, mais finalement, je me suis ravisée (probablement à cause du boulot que ça représentait! ;o))...)
En fait, ce lierre s'était accroché, sûrement depuis des dizaines d'années, à une sorte de portique en fer-genre-piquets-de-clôture, et formait une jolie arche au dessus du petit escalier montant au reste du jardin.
J'ai donc constitué une équipe de choc, constituée de 2 de mes ennemies intimes les plus proches (Patience et Minutie), et de mon indéfectible allié de toujours: l'ami Sécateur...;o))
Le résultat continue de m'enchanter depuis 7 ans: une série d'arches en dentelle de lierre, facile à reprendre une fois par an (et encore!).
Je referme la parenthèse, c'était juste au cas où ça donnerait des idées à un(e) autre emmuré(e)-claustro dans mon  genre...;o)
Du coup, certes, l'hiver, la lumière passait enfin à travers les arches, mais la vue derrière n'était pas top: au dessus du muret, une zone de non-droit, in-jardinable, saturée de grosses racines de charme à fleur de terre, où seule la pervenche accepte, bon gré, mal gré, de s'étaler. Même l'Aegopodium panaché s'y étiole, c'est tout dire!
Seule solution: les pots.
Et c'est ainsi que mon chouchou s'est retrouvé installé, dans un joli pot vernissé-mais-résistant-au-gel,  au beau milieu de l'arche de lierre la plus sombre, tout à gauche, où jamais un rayon de soleil n'oserait s'aventurer de peur de s'y noyer.
Mais mon chouchou, lui, s'y plait manifestement beaucoup. Certes, il s'est étiré vers la terrasse et la lumière, ce qui lui donne un petit air penché, japonisant en diable!
Je le soupçonne de détester le soleil, en fait. Sa constitution délicate et la pâleur de son teint, s’accommodent bien  mieux d'une ombre protectrice.
La pâleur de son teint...de pêche!
Car il s'appelle Acer palmatum (vous l'aurez deviné!) 'Peaches and Cream'.
C'est vrai qu'au printemps, il prend par endroit des nuances rosées sur le bout des feuilles, une petite rougeur de Jeune Fille timide à peine esquissée...
J'ai lu qu'il existait des clones plus ou moins rosés. Celui-là ne l'est guère, et c'est tant mieux en ce qui me concerne, car je préfère son côté crème à son côté pêche, pour tout vous dire!
Ce que j'aime chez lui, ce sont ses fines feuilles vert très pâle, translucides, profondément et délicatement dentelées, de vrais doigts de fée!  Et sur lesquelles se dessine tout un réseau de nervures d'un vert plus sombre, en parfait camaieu.
On disait autrefois qu'il était possible de reconnaître les "vraies" princesses de conte de fées à leur peau translucide, aussi douce que la soie, et au réseau de fines veines qui courait sur leurs mains délicates (qui n'avaient jamais manié une fourche-bêche, bien évidemment! ;o))..)
Alors mon chouchou a dû être une vraie princesse dans une vie antérieure, sûrement! ;o)
Une Petite Princesse, au pays des érables palmés: elle ne dépasse pas les 2 ou 3 m de haut dans les conditions idéales, alors en  pot, elle reste une jolie miniature en forme de gracieux dôme, légèrement pleureur. Une sorte de bonsaï naturel, sans que j'aie eu besoin d'intervenir à aucun moment.
Son vert tendre ressort à merveille, du printemps à l'été, sur le fond vert de l'arche de lierre.
Mais à l'automne, par contre..là, la Jeune Fille timide se trasnforme tout à coup en un superbe Dragon de feu, flamboyant du plus bel orange qu'un feu de bois ait jamais produit!!!
Son voisin immédiat, Suisei, installé dans la niche suivante, en rougit de jalousie! ;o)

mercredi 22 mai 2013

Frustrés de la Tulipe? Interdits de Crocus? C'est par ici.... (Camassia)

Ceci est un message d'espoir pour les désespérés du bulbe.
Mais non! Je ne parle pas des cerveaux-lents!
Mais bien des jardiniers qui  fondent en larmes, chaque printemps, devant les parterres de tulipes des autres, les tapis de crocus des magazines et autres étalages publics d'iris, qu'ils soient réticulés, de Hollande ou buchariques.
De ceux qui, pleins d'espoir, se ruinent chaque automne depuis 10 ans pour des sachets de 100 (voire 500!)  bulbes variés, les assortiments de bulbes printaniers et autres soldes de fin de saison...
Des poinçonneurs des lilas compulsifs, ceux qui font et refont chaque année au même endroit des centaines de trous, des petits trous, des gros trous et encore des petits trous, sans jamais renoncer...
...pour se retrouver Gros Jean comme devant, chaque printemps, devant le vide désespérant de leurs massifs.
Bon. Pas tous les désespérés du bulbe, certes.
Si votre problème, c'est l'appétit de la gent trotte-menu, souriceaux, petits ratons et autres musaraignes, passez votre chemin: investissez dans une usine de mini-cages à poules, ou renoncez, mais à mon grand regret, cet article ne peut rien pour vous.
Si par contre vous avez, comme moi, un jardin argileux qui recrache les crocus comme des noyaux de cerise, transforme les tulipes en purée d'oignons, et se prend pour le Houdini des iris bulbeux, les faisant disparaître grâce à un tour de passe-passe aussi magique qu'infaillible (mais sans jamais arriver à les faire réapparaître, hélas!) cet article est pour vous.
Ah, j'allais oublier!
Si vous n'entrez pas dans la catégorie des désespérés du bulbe, mais que vous êtes affectés d'un syndrome de l'écureuil au stade 4, ça peut vous intéresser aussi!
Je parle bien sûr de ceux qui ont la hantise de mourir de faim, thésaurisent dans des placards secrets boites de conserve, bouteilles d'huile et autres paquets de sucre. A ceux-là, je vous le dis tout net, il y a dans cet article une vraie idée à creuser, je dis bien: creuser.
Que dis-je, même: un investissement alimentaire à effectuer d'urgence et à peu de frais, du qui rapporte du 300% par an sans demander aucun effort! Qui ne fera s'écrouler aucun placard surbooké. Et non-imposable de surcroit!
Ah. Et aussi, éventuellement, le sujet peut intéresser les alpinistes poussifs et/ou bedonnants, vous comprendrez pourquoi un peu plus bas.
Vous l'aurez compris, vu les photos qui s'étalent sur cette page: je parle des Camassia.
Il nous sont venus du Nouveau Monde, où de nombreuses tribus d'indiens (pardon: de Natifs Américains, je veux dire, bien sûr!)  s'en étaient fait une spécialité culinaire: en poudre, en purée ou en condiment, les Qamash (qui veut dire "doux" parait-il) étaient mis à toutes les sauces.
A condition d'être patient. Il faut cuire les bulbes une douzaine d'heures au moins, au four, pour transformer l'inuline qu'ils contiennent en fructose...
A moins que vous n’ayez l'intention de gravir quelque sommet alpin sans avoir l'entrainement ou la musculature adéquats, et soyez en panne d'abricots secs ou de topinambours...là, le Camassia cru peut, parait-il, servir éventuellement de moteur de propulsion arrière efficace et à bon compte... ;o))
A condition aussi d'aimer la gamme de couleurs qui va du blanc (cassé) au bleu-violet foncé, il y en a pour tous les goûts:
Des petits : ceux que l'on trouve chez nous sous le nom de "Qamash", alias Camassia esculenta, le meilleur gustativement parlant, je crois (je n'ai pas essayé!) , 40 cm de haut en fleurs,
Des moyens, Camassia cusickii, 60 cm en moyenne,
Et des grands, les plus courants, Camassia leichtlinii. Un bon mètre 20, voire plus, dans mon jardin.
Il y a même, chez les leichtlinii, des "à feuillage panaché": Camassia leichtlinii 'Sacajawea'!
Et des doubles, ou presque: C. leichtlinii semiplena.
Soyons pragmatiques:  pour la couleur, il y a une telle variabilité que je ne saurais trop vos conseiller de les acheter en fleurs!
Les versions blanches sont judicieusement affublées du  qualificatif "alba". ;o)
Les cusickii sont généralement bleu ciel.
Les esculenta (Camassia Qamash) sont la plupart du temps bleu-violet foncé.
Mais les leichlinii existent dans toutes les nuances de bleu plus ou moins foncé, et bien sûr, ce n'est jamais précisé sur les étiquettes! J'en ai trouvé de particulièrement foncés, cette année, chez la Grafin Von Zeppelin. Superbes!
Autre critère: la période de floraison. Je manque encore un peu de recul (les Qamash fleurissent pour la première fois, cette année), mais en gros, je pense que c'est comme pour les iris de jardins: les petits (Qamash) d'abord, les cusickii ensuite, et les leichlinii en dernier. Avec, plutôt grosso que modo, une ou deux semaines d'écart les uns par rapport aux autres.
Chaque espèce fleurit pendant environ 3 semaines, entre mi-Avril et mi-Juin.
Ah..pour le feuillage jaunissant, par contre, ce n'est pas mieux que les tulipes ou les narcisses, je vous aurai prévenus! Amis thésauriseurs, il vous faudra le laisser jaunir tranquille, si vous voulez voir grossir vos économies bulbistiques!
Mais il reste acceptable, grâce à sa taille réduite, à peu près de la même hauteur que celui des narcisses (petits narcisses pour les petits Camassia, grands narccisses pour les grands Camassia. Voyez, ce n'est pas compliqué! :o)... )
Couper les tiges défleuries reste recommandé: elles ne sont pas plus décoratives que les autres non plus...a moins que vous ne vouliez laisser vos Camassia se ressemer!
Car ce sont, dans leur pays d'origine, des plantes de prairies humides, où elles peuvent se naturaliser sans problème. Amateurs de prairies fleuries (et humides!), le Camassia est aussi fait pour vous! Défense de faire joujou avec la tondeuse trop tôt, ceci dit. mais ce ne sont pas les voisins qui s'en plaindront!. ;o))
L'intérêt du feuillage panaché des 'Sacajawea' reste assez limité, si vous voulez mon humble avis. Tout comme celui de l'iris réticulé 'Marquerite'...
Pour ce qu'on le voit, ce feuillage, franchement, c'est juste pour dire de... mais ça n'engage que moi! ;o)
Quand le feuillage est suffisamment fané, il se "tire" tout seul au dessus de la touffe, même pas besoin de sécateur!
Et chaque année, les touffes grossissent de façon fort sympathique, ce qui permet, si on le souhaite, de les dédoubler en automne pour en installer ailleurs, pour faire plaisir aux copines ou pour s'offrir un petit frichti original lors d'un pow-wow...programmé bien à l'avance (vu le temps de cuisson).
Donc, je récapitule : les Camassia aiment l'argile,bénis soient-ils. Aiment l'humidité aussi (idem). Même dans mon jardin-piscine, je n'en ai jamais perdu un seul. Bon, ils peuvent arriver à pourrir si vous les laisser tremper 3 mois dans une bassine, j'imagine, mais si ils supportent "ma" terre mal drainée, ils doivent résiter à peu près à tout: bords d'étangs, débordements de ruisseaux et autres déluges saisonniers.
Ils aiment le soleil, aussi, mais se contentent très bien de la mi-ombre, voire de l'ombre des caducs qui ne débourrent pas trop tôt.
Mes 'Sacajawea', par exemple, sont dans ce cas, et ils fleurissent quand même.
Avouez qu'ils ne sont pas compliqués à vivre!
Une dernière précision, qui ravira, je n'en doute pas, les thésauriseurs-planqueurs-de-réserves: il faut se les mettre...enfin, se les planter, je veux dire...bien profond! ;o)) Au moins 10 cm pour les plus grands, à peine un peu moins pour les petits. Ca évitera qu'on ne pille votre garde-manger trop facilement!
Moi j'y vois surtout un avantage: ça les met à l'abri de mon transplantoir, un rien désinvolte parfois, et de ma binette à l'humeur intempestive... Pas de ma fourche-bêche, un peu brute de décoffrage, hélas, mais on ne peut pas tout avoir! ;o))
Des bulbes qui aiment ma terre, c'est déjà un tel miracle!!!

vendredi 17 mai 2013

Soleil et Lune... un défi! (Uvularia sessilifolia variegata, Convallaria majalis albostriata, Polygonatum falcatum Tiger Stripes)

Au cours d'un interminable hiver, froid, humide et glauque, les terriens se terraient, frigorifiés, devant leurs cheminées.
Les bêtes quant à elles restaient blotties, qui dans son terrier, qui dans le creux de son arbre.
Pas un chant d'oiseau, pas même une tondeuse à gazon pour chanter un petit air vivant...
Et le Soleil et la Lune s'ennuyaient ferme.
Pas de peau à griller, pas de fleur à ouvrir, pas de feuillages au travers desquels jouer à cache-cache pour l'un...
Pas de linge étendu à jaunir, pas de couple d'amoureux cachés à éclairer,  pas de danse de chauve-souris à regarder virevolter pour l'autre.
C'était d'un triste, d'un monotone, ces jours et ces nuits, tout seuls, là-haut!
Et puis un jour, cherchant ce qu'il pouvait faire pour se désennuyer, le Soleil eut une idée: "Et si je lançais un petit défi à ma commère la Lune? Hmmm?" Ca, c'était une idée géniale!
En y réfléchissant bien, il ne s'était jamais essayé à la peinture ou au dessin, jusqu'ici... mais il se sentait des dispositions!
N'avait-il pas, sans le chercher vraiment, dessiné de jolies éphélides sur quelques peaux juvéniles, en jouant avec une passoire?
N'était-ce pas grâce à lui que les panthères et autres guépards arboraient de si beaux dessins sur leur pelage, dans cette Afrique où il régnait en maître quasiment toute l'année? Sans parler des zèbres!
Ca, c'était l'idée du siècle! Du millénaire même!
La peinture moderne, ça l'inspirait.
Il se reprocha même de ne pas y avoir pensé plus tôt! Il aurait pu apprendre, et même devenir célèbre, qui sait, à force de s'entraîner pendant quelques millions d'années!
En plus, ça tombait bien: il avait rendez-vous avec la lune, justement, quelque part au dessus d'une île perdue dans l'océan, quelques jours plus tard.
Alors. Réfléchissons. Il fallait un règlement, pour ce petit concours..voyons voyons....
Déjà, il faudrait remettre sa copie en temps limité. Disons..pour le 1er mai, fête du "travail", ça paraissait bien.
Ça laissait le temps pour les esquisses, puis pour peaufiner l’œuvre finale.
Et puis, il fallait un thème, aussi. Pas question de devoir comparer des choux et des carottes, on ne saurait jamais qui avait gagné!
Justement, il avait essayé, quelques jours avant, de jouer à saute-rayon avec les colonnes de Buren, à Paname. Mais ce n'était pas drôle, elles ne bougeaient même pas, ces stupides colonnes, quels que soient les efforts de son ami Eole, qui faisait de son mieux pourtant, profitant de l'absence d'obstacles feuillus sur sa trajectoire!
Voilà. Son thème, il le tenait: ce serait les rayures!
Trop simple encore.
Ah oui. Pour corser un peu la chose, il faudrait arriver à faire ces fameuses rayures...à travers les arbres!Et sur des toiles de moins de 10 cm de long.
La, il faudrait savoir viser juste, je ne vous dis pas! Faire passer un rayon-laser, à travers une forêt de branchages tout tordus, et enchevêtrés n'importe comment, vers une aussi petite surface, tirer des traits droits, ça ce serait du sport!
Entre nous,  il se disait aussi que pour la rectitude des rayons, il ne craignait personne! Il avait quand même un peu plus d'expérience que la lune, pour viser juste, vu qu'il était infiniment plus loin qu'elle depuis toujours, bien avant même que cette coquine de boule blanche ne vienne se mettre à tourner comme une toupie autour de son terrain de jeu favori!
(Pas très sportif, ça, cher Apollon... ;o)...)
Et voilà le défi lancé, quelques jours plus tard, au cours d'une éclipse mémorable.
Chacun prépare en secret sa toile, ses pinceaux et ses couleurs.
Pour le fond, c'était facile: du vert. Dès que Dame nature se réveillerait, ce ne serait pas le matériau qui manquerait!
Pour la couleur des rayures, par contre, chacun fit son choix: jaune pour le soleil, ça paraissait évident!
Et pour la lune, quoi de plus naturel aussi que de choisir le blanc, sa couleur favorite?
Le soleil fit d'abord un premier jet, sur un Polygonatum, histoire de s'entraîner un peu. Hmmm.. pas très convaincant! Les traits étaient effectivement bien droits, malgré le côté mouvant, dodelinant même, de la toile. Mais un peu bavés, tout de même...
Bon sang! Qu'il était bête! Normal, il avait oublié de mettre ses célèbres lunettes! (des lunettes de Soleil, bien sûr, vous l'aurez compris).
Son choix se porta finalement sur les belles feuilles vert sombre d'un muguet des bois (meilleur pour le contraste, et puis, elles se tenaient un peu plus tranquilles pendant la pose, tout de même).
Sur chaque feuille, il visa, un œil fermé, un petit bout de langue solaire calé au coin des lèvres... Une dizaine de beaux traits bien droits, bien parallèles (bien masculins!)..mais... de largeurs diverses, pour montrer sa dextérité! Ça, c'était de l'art moderne! Tout fier, le bel Apollon!!! Buren pouvait aller se rhabiller! ;o)
Pendant ce temps, Dame Lune réfléchissait. Pas question de perdre son temps avec des brouillons, il fallait que l'Oeuvre soit unique, créative, inspirée!
Elle lécha le bout de son pinceau, pour le rendre bien pointu, avant de le tremper délicatement dans son encre de Lune....
Des rayures "toutes bêtes"?  Non, non, non.
Ca, elle en était sûre, c'était ce que ferait son concurrent: du bien droit, du rigide, du parallèle, du "bien carré", en somme.
Façon haie de buis ou  allée de platanes, les mecs adorent ça.
Il lui fallait de la souplesse, à elle, montrer toute la grâce féminine possible dans l'oeuvre!
Pour miser sur l'originalité, elle choisit un support gracieux, rare, d'un vert délicat et presque transparent, ployant sous la brise nocturne...
Et dessina délicatement, sur chaque feuille, un dessin différent. Mais si subtilement, qu'au premier regard on ne distinguait pas les infinies variations de sa symphonie de vert et de blanc. Elle y déploya tout son talent, soulignant les belles courbes d'un blanc pur, après avoir délayé sa peinture, d'un fin liseré de vert céladon d'un élégance....hmmm...
Elle était vraiment fière de son oeuvre!

Et au 1er mai, date fatidique, chacun des deux concurrents dévoila enfin son chef d’œuvre, enfin achevé.
Là, les deux compères s'aperçurent qu'ils avaient oublié un léger détail!
Qui allait juger? Décerner le trophée????
Aïe... comment faire?
Il se trouve que je passais par là, justement,  ce jour-là. Les voyant là, tous les deux, si embêtés, si désolés, j'ai eu pitié, mes amis: je vous ai proposés comme jury...Êtes-vous d'accord?
Le temps de m'envoyer leurs œuvres par la poste, je viens juste de les recevoir! Et je vous les dévoile ce matin avec plaisir!
Parce que, personnellement, s'il fallait choisir... j'aurais bien  du mal!
Alors, pour qui allez-vous voter?
- pour les beaux traits de pinceau dorés, à la Buren, du muguet du Soleil?
- ou pour l'arc délicat, le fondu-enchaîné et la blancheur nacrée de l’œuvre de la Lune?.
Mais au fait, quel est donc ce gracieux support qu'elle a choisi? Tiens, tiens, il me rappelle quelque chose, mais quoi? Vous l'avez reconnu, vous? ;o)
Messieurs et mesdames les membres du jury, à vous l'honneur! ;o))





lundi 13 mai 2013

Une nuée de papillons verts (Jeffersonia diphylla)

Le monde des plantes de sous-bois est décidément fascinant.
Depuis un mois, je regarde avec tendresse s'ouvrir la chrysalide de jolis papillons verts ...
Comme il ne faut jamais partir dans la vie sans biscuits, ils ont même prévu, lors de leur éclosion, une modeste provision de petites fleurs blanches, à déguster en guise de premier biberon...
Pauvres Jefferonia esseulées: leur famille est vraiment très réduite, puisqu'on n'y a jamais recensé plus de deux membres!
(tiens, c'est vrai, ça, je pourrais, là encore, me faire une "collection végétale", comme avec les Gillenia! ;o))...). Serait-ce justement pour combler ce presque-vide familial, qu'ils ont adopté cette feuille gémellaire?
Les américains l'appellent joliment "twin-leaf" ("feuille jumelle").
Mes petits papillons verts appartiennent à la branche américaine de la famille, Jeffersonia diphylla (Il existe aussi une branche orientale, Jeffersonia dubia, plus petite, et aux jolies fleurs bleutées).
Quelle grâce en tous cas que ce joli vert tendre, cette forme délicate qui émerge toute rougissante, les ailes encore rassemblées, comme les papillons, puis les déploie lentement dans la lumière tamisée et humide du sous-bois printanier.
Et ils se hâtent avec lenteur, avant que les feuilles des arbres ne leur fasse une ombre protectrice pour résister aux ardeurs du soleil de l'été. Car ils craignent la chaleur (comme moi!).
Et la sécheresse, surtout.
Ils ne sont pas bien hauts, même s'ils peuvent atteindre, adultes, une hauteur de 30 cm, dit-on. Ils ne sont encore qu'à mi-hauteur, ici!
Je les ai gardés deux ans dans le cocon protecteur et nourricier de la "nursery", sous la voûte de noisetiers, confiés à la garde vigilante d'un asperseur estival, avant de les laisser mettre "pied à terre", c'est le cas de le dire, dans la longue plate-bande qui longe la haie Sud du jardin.
D'autres beautés de sous-bois humides, comme les Syneilesis, semblent s'y plaire, mais je devrai être attentive, les premières années, à ce qu'ils aient suffisamment d'eau, l'été, pour alimenter leurs fines ailes fragiles...
Les fleurs sont petites, immaculées, et ne durent que quelques jours. Mais c'est surtout leurs feuilles curieuses et graciles qui m'attendrissent!
Je m'attends à les voir s'envoler au moindre souffle d'air! Voyez, sur la première photo, comme ils sont tous tournés vers l'extérieur, comme pour s'élancer en une gerbe verdoyante et papillonnante!
Il y a tant de jolies et délicates beautés, dans le sous-bois, au printemps!
Celle-ci est curieuse, mais il y en a bien d'autres!
Tiens, d'ailleurs... Je vous ai fait un petit  "feuilli-lège", ce matin, rien que pour vous!
Saurez-vous les reconnaître? ;o) (cliquez sur la photo pour l'agrandir)

jeudi 9 mai 2013

Le temps des belles dodues (Pivoines en arbre)

Avez-vous remarqué? Pendant l'éclosion, que dis-je...l'explosion printanière de ces dernières semaines, nous étions tous là, penchés tout émus, parfois même pliés en quatre ou à genoux, devant la moindre fleurette qui daignait montrer le bout d'un micro-pétale pour nous sortir enfin de la grisaille hivernale.
Le plus petit perce-neige, puis la moindre primevère, la plus minuscule des scilles ou  le plus délicat des chionodoxa nous tirait presque des larmes de bonheur.
Puis ce fut à l'étage au dessus que nos regards s'attardèrent (pour le plus grand bonheur de nos lombaires! ;o)..): narcisses, tulipes, enfin des tiges dignes de ce nom!
Bon, d'accord, il y avait les grands arbustes: prunus, puis malus, cercis et autres nous en ont mis plein la vue à l'étage supérieur. C'est vrai.
Mais là, c'était la masse qui s'imposait. Individuellement, chaque fleur était encore dans le registre mini-mini, reconnaissez-le!
Mais depuis quelques jours, voici venu le temps des "grosses". Des "dodues". Des opulentes à la Rembrandt.
On est passés carrément de la cuillère à moka, à la louche à potage du service de grand-mère!
La nature "grandit"! Comme si elle y voyait de moins en moins clair au fur et à mesure qu'elle ouvrait ses quinquets!
Du coup, nous aussi,on a le droit d'être myope ou miro, quand arrive le joli mois de mai!
Inutile de sortir la loupe ou les bésicles, impossible de les rater visuellement!
En attendant les roses, qui ne tarderont guère (Mme Ernest trépigne dans ses gros boutons roses, et Rosa cantabrigiensis a ouvert quelques églantines!), c'est l'Heure de Gloire des Dodues.
Heure avec un grand "H", d'ailleurs, car le spectacle est de courte durée, et ce ne sont pas les crises de larmes d'un ciel décidément très déprimé cette année qui vont le faire durer!
Bref, le petit monde des pivoines s'est réveillé plein d'ardeur ces jours-ci, éclipsant tout sur son passage.
Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je ne peux pas m'empêcher de ressentir parfois un certain écœurement, devant tant de chair végétale exposée...
Je ne vais pas aller jusqu'à traiter mes belles pivoines de "grosses dondons", tout de même!
Mais serait-ce un signe? Deviendrais-je prude, avec l'âge???
Ou m'en-tartufferais-je? "Veuillez cacher ce pistil que je ne saurais voir?" Ciel, pas ça, Zeph!!! ;o))
Et vous, qu'en pensez-vous, de cette arrivée massive d'assiettes à soupe? ;o)

PS: il y a comme qui dirait une erreur quelque part...la voyez-vous? ;o))

samedi 4 mai 2013

Un grand timide....(Podophyllum hexandrum)



Il en va des plantes comme des gens : ils n’ont pas tous le même caractère, nous autres jardiniers l’avons compris depuis longtemps!
Je viens vous parler aujourd’hui d’une pôv’tite plante à la Fernand Reynaud, d’un petit provincial au chapeau de traviole, se dandinant tout petit, une valise dans chaque main…ou plutôt, les 2 pieds dans le même sabot, en l’occurrence! ;o)
Faut dire, déjà, qu’il est arrivé ici avec un patronyme qui ne prédispose pas vraiment à être extraverti !
M. Feuille-Pied.   
Hexandre de son prénom (nous l’appellerons donc Al, par commodité ! ;o))).
Oui, oui ! Podophyllum hexandrum, c’est son nom !
Ajoutez au tableau que c’est un émigré, descendu de ses lointaines montagnes himalayennes, là bas au nord de l’inde, où son patronyme n’était déjà pas facile à porter:  Bantrapushi Giriparpat.
On comprend qu’il ait voulu en changer, mais Hexandre Feuille-Pied, tout de même !   
Un trait d’humour, dû au zèle d’un fonctionnaire de l’immigration, j’imagine!  
En plus, la nature étant parfois cruelle, il ne fait pas plus de 20 cm de haut, mon petit M. Feuille-Pied . Ca non plus, ça n’aide pas à se sentir promis à un grand avenir !
Avec un nom pareil, il a donc choisi de forcer le trait, et s’est forgé un rôle sur mesure d’unijambiste affublé d’un large chapeau.
Résultat : il préfère sortir de son trou le plus tard possible (fin avril –début mai !) et marcher à l’ombre avec son pied unique, se faire tout petit, tenter de se faire oublier…
Ca a bien failli être le cas, chez Zeph !  Je ne vous dis pas, au printemps, quand l’envie de gratter la terre commence à se faire sentir, en février-mars, le nombre de fois où j’ai failli le griffer, sans le vouloir, d’un bon coup de binette pressé !!! Il peut dire merci à sa « tiquette », le copain Al !!! Sans elle, c’était la guillotine assurée : il risque chaque année d’être pris dans la rafle générale, lors du 1er et vaste pogrom des indésirables!
Je dois aussi faire ici, publiquement, amende honorable, mes amis. 
Pendant quelques années, je le reconnais à ma grande honte, je l’ai très, très mal traité, ce pauvre émigré.
Ce n’est pas bien, ça, Zeph. Toi qui te targues d’être tolérante, tu l’as même affublé du titre de 8eme dauphine lors du concours Miss Poil-dans-la-feuille 2007, même. Honte à toi, vraiment !
L’année dernière encore, je lui ai fait une vraie scène, à mon retour d’Alsace ! 
Quand je vous dis qu’il est timide: il avait profité de mon absence pour fleurir en douce ! 
Et je n’ai trouvé, à mon retour, qu’un petit ballon de rugby vert, ridicule, perché sur son chapeau encore tout fripé-marbré, pour trahir cette floraison en loucedé!
Il en a rougi, une fois de plus, et caché son traître de petit ballon cramoisi sous son chapeau, le malheureux.
Mais cette année, je te rends hommage, cher petit M. Feuille-Pied. Car tu as vraiment fait un gros effort.
Chapeau, si j’ose dire ! 
Si ma mémoire et mon fichier sont bons, tu es arrivé ici en 2005…. C’est donc a bout de HUIT longues années de tergiversations et de parties de cache-cache avec tes voisins, que tu te seras finalement laissé apprivoiser ! 
Tu as du mérite, vu comme je t’ai traité, je le reconnais bien volontiers !
A moins que ce ne soit ce printemps humide en diable qui t’ait convaincu de sortir tes plus beaux atours ?
Parce que tu l’aimes, l’eau, n’est-ce pas ? 
Oh, ce n’est pas un vice, rassure-toi ! Ici, tu es servi !
Hmmm… un qui se hâte avec lenteur…et heureux sous la pluie…. Serais-tu ascendant escargot, par hasard ? 
Ca y ressemble, en tous cas !
Ah non, Zeph, voilà que tu recommences ! 
Pardon, Al. Promis, je ne le ferai plus ! ;o))
Parce que le copain Al cache, sous ses dehors de petite chose fragile, de jolis trésors cachés. 
Comme beaucoup de timides, probablement… 
Regardez la tendresse de cette petite fleur rose pâle, à peine éclose, qui a surgi ces jours-ci au dessus du grand chapeau encore replié…
N’est-elle pas gracieuse ? Moi, je fonds, là, à quatre pattes devant toi pour mieux me repentir de t’avoir si mal considéré !
Et je suis  gâtée, cette année, je ne l’avais pourtant pas mérité ! 
Tu as amené un copain! Je vois DEUX pieds! 
C'est bien: tu t'ennuieras moins, et avec 2 pieds, ça va peut-être enfin tenir debout, cette histoire de pattafeuilles !
Et même...mais oui!!! Tu as finalement fondé une famille, on dirait ! 
Ta compagne est encore plus timide que toi, apparemment : elle n’a même pas osé sortir son chapeau, et c’est à ras de terre, sous l’ombre protectrice du tien, qu’elle a éclos une deuxième fleur de porcelaine ! 
Bon, avant que tu ne joues vraiment le rôle  de couvre-sol que certains t'attribuent, il y a comme qui dirait encore un bout de chemin à faire! Mais Rome ne s'est pas faite en un jour! (Mon jardin non plus! ;o))...)  
Et j’ai appris récemment que ce fameux petit ballon de rugby vert, qui vire au cramoisi presque malgré toi, recèle lui aussi un petit trésor… 
Il parait que si on l’ouvre, ce petit ballon, il exhale (ex-Al ?) un parfum délicieux pour mieux mettre en valeur les petites graines de Feuille-Pied qu’il renferme !
Cette fois, tu peux être sûre que je ne manquerai pas le spectacle, si toutefois tu veux bien me le montrer à nouveau !
Je serai la plus attentive des spectatrices!
Je suis résolue à être pour toi la plus gentille et accueillante des hôtesses, dorénavant. J’ai des choses à me faire pardonner ! Mieux, tu vois, je me fais ici ton ambassadrice, ta défenderesse ! Ah, il faudrait beau voir que je prenne quelqu’un d’autre à te dénigrer !!! J’en connais même qui vont te classer d’office dans la catégorie des « Zepheries », tu vas voir ! (les petites plantounes pas possibles, qu’il faut se mettre à 4 pattes pour découvrir...peut-être, et avec de bons yeux !  « Des » qui se sont même créé un "massif à zepheries", là-haut dans leur montagne ! Moqueurs, va ! Pfff… ;o))…)  
Mais je serai ton avocate inconditionnelle, cher petit Al au cœur tendre, sois-en sûre ! 
Suis-je pardonnée? ;o))