lundi 28 décembre 2015

2015: l'année de la 13ème lune folle?

Y'a plus d'saisons? Mais si!  Au contraire! Elles n'ont jamais été aussi en forme!
Je m'en vas tout vous essepliquer....
C'est pas d'leur faute! Enfin..pas complètement.
Les grands fauteurs de troubles, dans cette histoire, ce sont les Monsieur Meteo, ces faux prophètes bien connus des jardiniers, qui nous prédisent l'avenir avec constance, chaque jour, chacun dans son petit coin (en copiant les uns sur les autres en plus), au risque de se gourrer dans les grandes largeurs, disons...une fois sur 2? Ce qui se défend, statistiquement parlant, remarquez! ;o))
En tous cas, pour ce qui est des prévisions au delà des heures qui viennent...et encore...c'est un festival, le jeu des 7 erreurs généralisé, le concours d'à-qui-perd-gagne.
Chaque année, qui ne les a pas entendus nous prédire avec aplomb quelque grande vérité divinatoire du genre: "dès que les nuages se seront dissipés, le soleil reviendra"?
Sauf que cette année, il y en a un qui a voulu frapper un grand coup, en annonçant dès le début de l'année, d'un ton mélodramatique:
" 2015 sera l'année de 13 pleines lunes, braves gens! Qu'on se le dise!"
Et de lancer dans la foulée un défi aux saisons et au bon sens: :
"Je vous prédis donc à coup sûr un printemps tardif, un été pourri, un automne inexistant et un hiver précoce!"
Résultat? Les 4 saisons avec un  bel ensemble, offusquées de se voir ainsi traitées de capricieuses, décidèrent de se venger, en faisant mentir cet olibrius médiatique, alias M de Quoijmemêle.
Et de faire les 400 coups, juste pour le remettre à sa place.
Vous vous souvenez? Un Printemps bien long et ravissant, un Eté torride, un Automne divinement long...
Quant à l'Hiver, tant qu'à faire, il a tout simplement décidé de partir en vacances avec sa bonne amie la Pluie, dès la fin de la douxième lune réglementaire (pour une fois qu'il a un 13ème mois, fut-il lunaire...;o))...).
Et de laisser à ses trois copines le droit de faire tout ce qu'elles veulent pendant son absence.
Et pour se défouler, elles se sont défoulées, les coquines: le Printemps a pris le mors aux dents,  perce-neige et primevères en tête... l'Eté a mis le turbo pour le rattrapper, avec les centaurées, les roses et autres Hebe (celle qui s'appelle 'Midsummer Beauty', justement, vous croyez que c'est un hasard, peut-être?), l'Automne joue les marathoniennes, à qui restera le plus longtemps dans la course!
D'où l'état actuel de nos pauvres jardins.
Enfin...de toutes les plantes qui ont le malheur de se fier habituellement à la température.
Seules les sages, qui se règlent sur la longueur des jours, ont gardé un semblant de raison et une tenue normale.
Faut dire, tous ces cultivars inventés depuis quelques décennies, forcément, on les a équipés du dernier cri de la technologie moderne: des horloges numériques végétales!
Sauf que là, on dirait qu'elles ont  toutes succombé à une vaste pandémie électronique: l'arythmie botanique, alias la maladie de la puce folle, sans doute.
Seules les accros au cadran solaire arrivent à l'heure au rendez-vous!
Et moi... je me marre. Je jubile. Oui, je sais, j'ai sûrement tort!
Seulement, que voulez-vous, quand on a été privée de jardinage, ou quasi, pendant 8 mois sur 12, et qu'on vous offre un temps pareil, juste doux comme il faut pour ne pas transpirer, avec une terre parfaitement bêchable (ce qui est rare, avec mon argile mi-boue-mi-béton), une absence de gelées propice à une reprise en douceur ( avec ma manie de tout schlouker ce qui me tombe sous le transplantoir...), on se régale. Faire enfin des schlouks, fut-ce en décembre...le pied!!! ;o))
Et je schlouuuke! Soir et matin, dans mon jardin, je schlouke...avec entrain!
Je bêchouille, je désherbine, je taillasse, je rempotaille, je zippe...bref, je me rattrape! La totale!
J'écoute, écoute le temps
Moi je le trouve é-pa-tant!
Puisqu'il varie tout le temps
Entre beau fixe et printemps.
(sauf que si c'était un effet d'vot'bonté d'arrêter le ventilateur un 'tit peu plus souvent, ça m'arrangerait, siouplé! )
On peut voler de barquette en barquette nuit et jour
Quand on sème, oui quand on sème!
Eh oui, même quand on est aussi nulle en semis que moi, emportée par la folie ambiante, par ce temps-là, on sèèème!
Pire même! ça marche! J'ai toute une armée de petits schizostylis au garde-à-vous qui se poussent du col depuis une semaine. Semis-->levée: 10 jours. Qui dit mieux?
Alors voilà...c'était mon petit sourire de fin d'année! (*)
Au lieu de nous lamenter sur ces folles de saisons en plein trip, de nous mettre la rate au court-bouillon à l'idée de ce qui va suivre (ce qui n'y changera rien, de toutes façons!), faut pro-fi-ter! Entrons dans la joyeuse danse des saisons folles, jouons avec elles, il sera bien temps de faire grise mine plus tard...et encore, rien n'est moins sûr! Vont-elles retrouver leurs esprits?  Ou se sont-elles tellement amusées qu'elles vont continuer à danser tout autour de l'année avec jubilation? Affaire à suivre.... et bonne fin d'année à tous, même aux Monsieur Météo! ;o))
(*) : à ne pas prendre totalement au sérieux tout de même! ;o)

jeudi 17 décembre 2015

Aimez-vous les petits plats gréco-libanais? (Geranium libani x peloponesiacum)

Autant pour les gourmands alléchés par ce titre racoleur: je ne viens ici titiller que votre gourmandise... botanique! ;o))
En tous cas, qu'ils soient horticoles ou culinaires, les petits plats de ce genre, moi, j'adore!!!
Surtout quand ils ont, comme mon petit-chouchou-du-jour, de belles couleurs, un brin d'originalité et une grande générosité!
C'est vrai, ça...quand on parle de Geranium vivaces, on pense tout de suite à de belles plates-bandes d'été, ou du moins de mai-juin.
Mais savez-vous qu'il existe des Geranium vivaces aussi pour le début du printemps? On n'en parle jamais, et c'est bien dommage! Les libani, les 'Prelude', les malviflorum... et j'en passe!
La plupart sont des dormeurs d'été: ils disparaissent quasi-complètement dès la fin de leur floraison, pour mieux reparaître, tout pimpants, dès l'automne venu. Et ils restent stoïques, avec de belles feuilles bien vertes, pendant tout l'hiver. Ça, c'est intéressant, non?
C'est aussi le cas de mon petit chouchou: Geranium libani x peloponesiacum.
Pourquoi venir vous en parler au mois de décembre?
D'abord pour vous faire rêver au retour du printemps, mais aussi parce qu'à la faveur de cette fin d'automne toute en douceur, je viens de m'en faire toute une tripotée, de ces petits délices gréco-libanais !
D'habitude, les bons petits plats, on s'en prépare volontiers quelques portions supplémentaires ..pour le congélateur. Là, c'est plutôt le contraire, je me les suis mis de côté...un peu plus au chaud. Non pas, qu'il craigne le froid! Il est parfaitement rustique chez nous!
Mais c'est à cette saison que l'on voit le mieux les belles et appétissantes rosettes que l'on peut "schlouker" avec gourmandise!
Eh! Pour une serial-schloukeuse dans mon genre, une petite séance de Schlouks au mois de décembre, c'est un plaisir rare à ne pas laisser passer! ;o))
Et je préfère laisser à ces bébés juste sevrés le temps de se faire de belles petites racines avant le printemps. Alors je me les cocoone un peu, quitte à  les remettre en plein air dans quelques semaines.
Je sens que ça va faire quelques heureux, au moment des grandes migrations botaniques de printemps!
Et dès le mois d'avril venu, à moi les belles et larges fleurs bleues veinées de mauve, qui accompagneront avec tant de bonheur les Leucojum aestivum 'Graveye Giant', par exemple!
Ça c'est une association comme je les aime!
Et pour faire chic, si vous trouvez un peu de chartreuse pour les accompagner, c'est encore mieux! Ici c'est un mini-Berberis tout en boule, 'Bonanza Gold'. Mais une belle Euphorbe polychrome, ça le fait aussi très bien!
Il ressemble beaucoup à sa "maman", le Geranium libani : il a le même comportement, la même couleur aussi, mais avec des fleurs plus grandes et un veinage plus marqué.
Celui-là aussi, grâce à un ami normand qui se reconnaîtra, je l'attends avec impatience au printemps prochain! Mais j'ai peur de ne pas lui avoir donné une position assez ensoleillée pour lui. Il faudra peut-être le déménager, mon petit libanais...
Mais récapitulons les qualités de son rejeton, le gréco-libanais:
- sa floraison dure un bon mois, à partir de la mi-avril.
- ensuite, il s'endort et disparait.
- le feuillage, un peu rond comme celui du Geranium renardii, mais en vert foncé, ressort en Septembre et persiste tout l'hiver.
- du coup, la sécheresse estivale, il s'en moque comme de sa première petite paire de racines!
- il est rhizomateux, se développant à partir de grosses racines charnues juste sous la surface du sol, à la manière du Geranium macrorrhizum bien plus connu!
- il n'est pas très haut, disons 30cm chez moi,
- il aime le plein soleil, mais ici, il est à mi-ombre depuis des années, et s'en porte très bien!
J'ai bien envie de l'essayer sous quelque arbuste qui débourre tard au printemps...voire sous un Viburnum plicatum, par exemple...un beau tapis bleu sous une avalanche de soucoupes blanches, ça devrait "le faire", non?
Alors...convaincus par la cuisine gréco-libanaise au jardin? ;o)
 

mardi 8 décembre 2015

Finalement, j'ai les boules... et j'en suis bien contente! (Hydrangea paniculata Little Lime)



Chez mes parents ET chez ma grand-mère préférée, tout le long du mur nord de chaque maison, s'étalait à loisir une longue file d'"hortensias" dits "roses".
"Dits", parce qu'en fait, onze mois sur douze, c'était une débauche de grosses boules marronnasses, sales, et moches de chez Moche (à mes yeux!).
Quant au mois épargné par ce spectacle hideux, juillet en général... nous étions en vacances dans les Alpes, et seule la voisine-du-nord avait, pour quelques semaines, autre chose que du marronnasse à se mettre sous les yeux.
 Aaaah...Les boules. Oui, oui, les boules! ;o))
A vous dégoûter des Hydrangea, voire du jardinage en général, non? :o)

Ce sont les "têtes plates" qui m'ont réconciliée avec le genre Hydrangea. Là, oui! Même fanées, les fleurs restent gracieuses et comme "en pointillé", discrètes, au lieu d'étaler leurs rondeurs flétries de veilles matrones sans aucun complexe.
Je reste, d'ailleurs, profondément allergique aux Grosses Têtes! (sauf celles qui rigolent bien! ;o)...)
Les quercifolia doubles genre 'Harmony', par exemple...Beuark! Tout le temps affalés par terre sous le poids de leurs têtes monstrueuses, virant à la bouillie marronnasse dès qu'une goutte de pluie les effleure....
Ou les 'Annabelle' soigneusement taillés chaque année pour amplifier encore l'effet Grosse Tête! Eeerk!
Non, ne hurlez pas! Je ne cherche pas à vous en dégoûter!!! ;o))
Chacun son truc!
Le chemin fut long, pour atténuer cette aversion.
C'est d'abord un petit nain rose, 'Belladonna', qui sut y faire, et se frayer un chemin vers mon cœur de bouliphobe. Avec ses minuscules têtes aplaties, rose tendre, et son port arrondi, voire légèrement pleureur, mais pas trop...
50 cm de haut, des boules de 5 cm de diamètre à peine, il met du temps à se "maronnasser", même s'il finit par le faire quand même...
Puis les 'Annabelle' non ratiboisés (tiens, je vais mettre sur ma clôture un gros panneau "Libérez Les Annabelles!!!"), déjà moins globicéphales, reconnaissez-le, et fleurissant longtemps,l'été...
Et puis j'ai découvert qu'il existait d'autres petits nains, boulifères certes, mais non sans charme!
Des paniculés et des serrata. Supportant parfaitement la culture en pot au jardin, 12 mois sur 12, en plus!
Et certains sont vraiment jolis, même à  la fanaison! C'est d'eux que je voulais vous parler aujourd'hui (l'introduction a été longue, pardon...mais j'y arrive!).
Deux de mes petits chouchous d'automne.
Le premier est un paniculata. Nain. Adorable 365 jours par an: 'Little Lime', c'est-à-dire "Petit Citron Vert". Tant qu'à faire d'y mettre du citron vert, moi je l'aurais carrément appelé "Caipirinha", d'ailleurs: délicieux, frais, se buvant (des yeux) tout seul...sauf que celui-ci est sans risque pour l'alcootest!
C'est vrai qu'il commence par être presque vert pâle, en boutons et au début de sa floraison, en Juin. Avant de virer au blanc de chez blanc dès le mois de Juillet, et jusqu'en septembre.
Les chaleurs passées, il commence à devenir translucide... jusqu'à devenir une dentelle transparente que les rayons rasants du soleil d'automne illuminent chaque soir, à contre-jour.
Il faut dire que je ne l'ai pas mis en plein soleil,  mais à mi-ombre tamisée.
En pot, sous le Grand Charme, mais juste en périphérie de sa ramure.
Assez de soleil pour bien fleurir, mais pas assez pour prendre des coups de soleil sur la tête, voyez? Ça aide peut-être à éviter le marronasse tant honni, c'est bien possible.
Certes, il fleurit probablement moins qu'au soleil... mais justement, le côté "je croule tant sous les fleurs qu'on  ne voit plus mon feuillage", ce n'est pas trop mon truc non plus.
Et puis, côté arrosage, la mi-ombre est un avantage certain! ;o)
Mais attention! Trop d'ombre, pour les paniculata, ce n'est pas bon non plus!
Son compère, un autre petit paniculata nain blanc ravissant, 'Bombshell', en a fait les frais!
Placé lui aussi en pot sous le grand charme, en périphérie de la ramure, il est trop au nord, et passée la première année où il fut magnifique, il n'a plus fleuri. Il va déménager sous peu, mais je ne sais pas encore où.
Il est peut-être même encore plus joli, avec ses petites boules aérées et son port souple.
Mais je n'ai pas assez de recul pour vous parler de ses couleurs d'automne et d'hiver.
Comme pour 'Little Lime', il est donné pour 80 cm à 1,20 m de diamètre, mais en potée, je doute qu'ils dépassent les 60 cm, l'un comme l'autre.
Mais je m'aperçois que j'ai été bien bavarde-du-clavier, aujourd'hui. Vous devez commencer à les avoir aussi, les boules, non?
Alors je vais garder mon deuxième petit nain à boules,le serrata, pour une prochaine fois. Un peu de suspense ne nuit pas! ;o)
Que ça ne vous empêche pas de me parler de vos Hydrangea boulifères préférés, ceci dit!
Qui sait si je ne me laisserais pas convaincre....
Mais pas plus de 7 ou 8 cm de diamètre, les boules, je vous préviens, sinon vous n'aurez aucune chance! :o))
Je ne veux pas risquer de prendre la Grosse Tête!!!!!


mercredi 25 novembre 2015

Boucle de Jade, ou "Le Bonheur N'est Pas Dans Le Pré" (Schizostylis)

Vous connaissez tous l'histoire de Boucle d'Or, bien sûr...
Mais la version jardinière, la connaissez-vous?
Il était une fois, donc....une petite fleur qui avait des feuilles si vertes, si drues et si droites qu'on l'appelait "Boucle de Jade" (par dérision sans doute!).
Elle habitait là bas, tout en bas de l'Afrique, dans une jolie prairie humide baignée de soleil.
Un jour, poussée par la curiosité, elle décida d'aller se promener, histoire de voir à quoi ressemblait le vaste monde.
Chemin faisant, elle arriva par un belle journée de printemps dans un petit jardin qui lui parut accueillant et bien douillet.
Il y avait là tant d'autres fleurs pour se faire des amies, un petit étang juste grand comme il faut, un soleil chaud et lumineux, mais pas aussi brûlant que dans son pays natal, et une terre bien solide pour y planter ses petites racines.
Elle frappa donc à la porte du jardin, mais n'entendit aucune réponse.
Comme elle était curieuse de savoir si elle pourrait habiter là, elle entra.
C'est qu'elle commençait  à se sentir fatiguée, à force de courir le monde!  Ici, au moins, elle aurait six bons mois pour se reposer et reprendre des forces, avant de fleurir.

Premier épisode: Trop Sec.
Elle s'installa d'abord au bord de l'étang. Ça lui avait paru une bonne idée, pour sentir la brise humide lui caresser les tiges par les chaudes journées d'été, et se regarder fleurir, le moment venu, dans le joli miroir bleuté.
Mais au bout de quelques mois, elle commença à déchanter. Qu'elle était lourde, cette terre! Qu'elle était sèche surtout. Curieux, pourtant, au bord d'un étang?
Ce que la pauvrette ignorait, c'est que cet étang-là était un fieffé égoïste, et s'était protégé par une lourde carapace noire.Il gardait jalousement la moindre goutte d'eau pour lui tout seul le gredin!
Pourtant, elle ne demandait pas grand chose! Elle n'avait que de tout petits pieds, de minuscules petits pieds blancs à peine plus gros qu'un grain de riz, avec une multitude de fins orteils délicats et fragiles. Alors,elle les avait posés là, discrètement, juste sous la surface, pour ne pas déranger ses voisines. 
C'était une petite fleur bien élevée!
L'été succéda au printemps. Elle eut bien chaud. Elle eut bien soif.
La terre était aussi brûlante que la soupe de Papa Ours....
Pourtant, elle tint bon, et en brave petite fleur qu'elle était, elle fit de son mieux pour fleurir quand même à  l'automne, en puisant dans ses réserves pour se faire accepter...
Mais après ce gros effort, quand arriva le rude hiver, ce qui devait arriver arriva: affaiblie, elle prit froid au premier coup de gel, et crut mourir d'un rhume de pieds carabinés.
Elle survécut pourtant. Mais au printemps, elle résolut de déménager. Décidément, ce coin-là était trop sec, il fallait essayer autre chose.

Deuxième épisode: Trop Mouillé
Alors elle emménagea dans une jolie plate-bande un petit peu plus bas, à quelques mètres de l'étang, entre un beau cercis et un magnolia.
 Une belle lumière, un horizon dégagé, on se serait presque cru dans sa prairie natale...
Ahhhh...l'endroit était nettement moins sec, c'était mieux. Elle étira d'aise ses fins doigts de pieds en éventail dans la terre bien humide. L'été fut parfait!
Las...quand le second hiver arriva, cette belle humidité qui lui avait tant plus quelques mois auparavant, faillit lui être fatale. L'eau se transforma en glace, enserrant ses pauvres petons comme un étau, provoquant de douloureuses engelures.
On se serait cru sur l'Everest, et sans oxygène encore!
Sans parler de la méchante bise qui soufflait tant et plus, détruisant les fleurettes qu'elle essayait d'ouvrir encore, en décembre, malgré la neige et le froid.
La terre était encore plus froide que la soupe de Maman Ours: congelée!
La pneumonie se déclara, la gangrène menaça. Elle perdit plusieurs orteils, tant la froidure perdura!
Trop, c'est trop!
Décidément, ce petit jardin qui paraissait si accueillant, n'était qu'un leurre! Elle pensa même disparaître de chagrin.
Elle avait tant envie de vivre, pourtant! Elle lutta pour ne pas se laisser aller. Quand enfin arriva le printemps salvateur, elle n'était plus que l'ombre d'elle-même.
Mais impossible de retourner dans son pays, ni de reprendre son errance: elle n'en avait plus la force... Elle décida de se donner une dernière chance avant de renoncer.

Troisième épisode: Trop bien!!!!
Elle avait repéré, tout en bas du jardin, une murette.
Elle qui avait été tellement malmenée par le vent l'hiver précédent! Elle y vit comme une réponse à ses prières. Une murette, voilà ce qu'il lui fallait!
Juste au pied, là, grâce au dénivelé, l'eau venue du jardin du haut serait sûrement plus proche de la surface, l'été! Et fini le vent! La solution était peut-être là!
Et puis, la terre était plus légère, là. Disons plutôt: un peu moins compacte, pour être honnête.
Mais bon, l'argile, ça ne lui faisait pas peur, ce n'était pas le problème! Au contraire, elle lui gardait nourriture et boisson sans se déshydrater ni s'appauvrir. "Essayons!" se dit-elle.
Quand l'été arriva, elle se tint prête. Serait-il trop sec, encore une fois? Mais ô surprise, dès le mois de Juillet, toutes les moumouttes de l'arbre-à-perruques géant qu'on apercevait contre la clôture du jardin, s'amassèrent  pour former une superbe couette, une ouate légère et protectrice, tout autour de ses petits pieds meurtris.
Hmmm... qu'il y faisait bon chaud, sous la couette! Et puis, l'évaporation tant redoutée s'en trouvait bien freinée! Une petite couche de BRF (Bois Raméal Fragmenté) vint aussi préserver le précieux liquide autour de ses orteils.
Une étape de franchie. Restait à attendre l'hiver. Elle en tremblait d'avance.
Il fut froid. Et humide aussi.
Pourtant, bien à l'abri derrière sa murette, elle se retrouva comme dans une petite bulle. Sans vent ou presque. Sans cette terrible alternance quotidienne de gel et de dégel trop rapide, qui lui avait fait tant de mal, en plein vent, l'année précédente.
"Quand je pense qu'il y en a qui se battent pour être sur la plus haute marche des podiums!" se dit-elle. "Mais ils sont fous! C'est sur la marche la plus basse qu'on est le mieux installé! C'est évident!"
Et elle s'épanouit d'aise.
Elle avait trouvé "sa" soupe à elle, comme celle de Bébé Ours. Ni trop chaude, ni trop froide, juste comme elle l'aimait! Elle s'en gava jusqu'à plus soif.


La première année, elle ne se permit que 8 tiges florales, par prudence....



La deuxième année? Presque une vingtaine!


Et la troisième année, elle fleurit sans compter. Sans parler des bébés qui se pressent au pied de l'heureuse maman, regardez! (hmmm... que de jolis schlouks en perspective: ;o)...)


Moralité

Le bonheur n'est pas "dans le pré", finalement, mais...au pied du podium!
La murette vous dis-je, la murette! 
Il n'y a que ça de vrai! 
Foi de Schizostylis!


lundi 16 novembre 2015

Mon jardin est musulman, syrien et arabe.


En ces temps troublés où l'on n'entend parler que de guerre, de riposte, de frappe et d'autres horreurs, je viens faire appel à nos jardins et à mes amis jardiniers.
D'accord pour ne pas se laisser terroriser, d'accord pour se défendre, oui. Mais pas seulement!

Messieurs nos politiques, nos penseurs, vous ne connaissez pas la France et les Français, apparemment!
Nous ne sommes pas un peuple raciste. Nous ne sommes pas un peuple xénophobe.
La France est, en grande majorité, composée de gens ouverts, tolérants, non-sectaires et pas revanchards pour deux sous. Seulement, cette majorité-là, elle se tait. 
La minorité haineuse et intolérante, par contre, elle parle, elle agit.  
Il est temps de rappeler, je crois, quelques vérités dans lesquelles, j'en suis sûre, l'immense majorité de mes compatriotes se reconnaîtront. 

Vérité en termes de religion, d'abord.
Je suis chrétienne. Oui. Et la chrétienté c'est la charité et la tolérance.
Pourtant, je reconnais volontiers que l'Islam, le vrai, pas celui des extrémistes, est la religion la plus tolérante que je connaisse. Dès l'origine, il a reconnu, accepté, intégré les textes et les prophètes juifs et chrétiens. Les premiers musulmans vivaient en paix avec les autres religions du moyen-orient.
Ma chère belle-fille est musulmane, d'origine algérienne, et c'est ma deuxième fille depuis plus de 18 ans.
Mes trois petites princesses peuvent, et doivent, être fières de leur héritage.
J'ai toujours eu des amis musulmans formidables autour de moi. 
Ahmed, le merveilleux jardinier trop tôt disparu, qui cultivait 1700 m2 de potager à côté de mon précédent jardin. Toujours le cœur et les légumes sur la main. Fêtant l'Haïd chaque année avec nous, ses voisins chrétiens. Aidant de toutes se forces sa famille et ceux qui l'entouraient. 
M. Dagdiche le peintre tunisien, qui est venu à de multiples reprises, pendant 20 ans, avec son jeune fils, repeindre une pièce ou l'autre chez moi. La gentillesse, le sourire et la tolérance incarnés. 
Même si nous avons parfois discuté religion, aucun d'entre eux n'a jamais tenté de me convaincre, encore moins de me convertir.

Vérité historique aussi.
Que les chrétiens ont la mémoire courte.  La chrétienté n'a pas de leçons à donner au monde musulman pour ses excès. Et les croisades? Et l'inquisition, vous en souvenez-vous? Certes c'était il y a longtemps. Nous en avons fini avec cette horreur. Mais il faut aider les autres à s'en sortir eux aussi, au lieu de les clouer au pilori comme si nos peuples étaient exempts de tout reproche.
Et nous devons tant au monde arabo-musulman! Les mathématiques, notamment l'algèbre! La navigation, l'astronomie, la médecine aussi! Et même une partie de notre vocabulaire.
Sans parler des merveilles architecturales et artistiques que nous ont offert les peuples de ce monde. Quelle extraordinaire civilisation que celle des Almoravides! Elle nous a aussi transmis la pensée de merveilleux philosophes, tolérants, laïques même, comme Averroes.

Et à une très modeste échelle, vérité jardinière aussi.
Nos jardins doivent énormément aux jardins du pourtour méditerranéen.
Hibiscus syriacus, Rose de Damas, Nigelles, asphodèles, bourrache, de nombreux Iris aussi, ramenés des croisades, le jasmin je crois, le coquelicot, et même, qui l'eut cru, le Lys de la Madone! Sans parler du rôle de l'eau dans les jardins arabo-andalous, qui ont tant influencé nos jardins classiques et modernes.
Mon jardin est donc lui aussi, en partie, arabo-musulman. Et j'en suis fière.
Alors que faire? 
Certes il faut se défendre, pour essayer d'empêcher d'autres barbaries, d'autres folies aveugles, d'autres morts aussi absurdes que celles de ce vendredi 13. Bien.
Mais j'aimerais tant que l'on annonce aussi, et avec autant de fracas, la mise à l'honneur de l'amitié et de la bonne entente entre chrétiens et musulmans chez nous. Parce que c'est ça, la réalité de tous les jours, pour la grande majorité des français!
Qu'attend-on pour mieux apprendre à nos enfants cette tolérance? A l'école si les parents  ne le font pas assez. Créer des parrainages entre enfants chrétiens et enfants musulmans. Y faire des présentations sur les vérités historiques dont je parlais plus haut, rappeler notre histoire commune et ce que nous nous devons les uns les autres. Afficher publiquement, et au plus haut niveau, l'amitié qui est la règle dans notre pays, et non la haine.  
Ce sont tous les extrémismes qu'il faut combattre, pas seulement celui qui se planque lâchement derrière une religion qui, pour la grande majorité de ses croyants, n'a rien à voir avec ces horreurs. 

Je crois que je vais mettre de belles étiquettes à certaines de mes plantes. "Plante d'origine arabe". 
Je vous en conjure, vous aussi, mes amis jardiniers, si vous en avez la possibilité, montrez votre tolérance au grand jour. aidons-nous les uns les autres, musulmans et chrétiens, pour encourager la paix et montrer à ces fous de djihadistes qu'ils se trompent de cible.

Voilà. Pardonnez-moi ce cri du cœur. Je ne vais pas autoriser les commentaires sur cet article, pour ne pas risquer une polémique qui ne peut venir, une fois de plus, que de la minorité agissante dont j'ai honte pour mon pays.
Par contre, ceux ou celles qui voudraient m'écrire sur ce sujet le peuvent, en utilisant le formulaire de contact ci-dessous. Je publierai, si vous le souhaitez, les plus beaux de vos témoignages. je les attends. Je les espère. Je vous aime tous, quels que soient votre origine, votre couleur, votre religion et le style de vos jardins.
Vive la France des Droits de l'Homme, la Grande, la Belle, celle de la Tolérance et de l'Humanité. D'où qu'elle soit originaire.



mardi 20 octobre 2015

Mes trois petites reines d'octobre! (Galanthus reginae olgae)

Hé hé... Ce titre (volontairement) ambigu vous aurait-il fait craindre une nouvelle crise de Mamie-mania? Ah, cette pauvre Zeph, toujours gaga devant ses petites filles! ;o))
Eh bien non! Faut pas confondre trois petites princesses canadiennes (qui le sont d'ailleurs 365 jours par an) et trois petites reines de jardin qui, façon Proserpine, disparaissent sous terre une grande partie de l'année!!!!
Et oui, vous ne rêvez pas, il y a bien trois perce-neige en fleurs au jardin depuis quelques jours!
Le titre fait référence à leur nom, tout simplement: ce sont des Perce-neige de la Reine Olga, alias Galanthus reginae-olgae! (en hommage, je crois, à la grande duchesse Olga, une Romanov devenue reine de Grèce en épousant le roi Georges 1er)
J'avais beaucoup hésité avant de les inviter chez moi... Non que je sois encline à m'entourer de têtes couronnées, loin de là ! Et dans un jardin campagnard plus ou moins soigné, en plus, au lieu des jardins à la Française tout pomponnés auxquels elles doivent être habituées!...Mais je savais que ces altesses méditerranéennes étaient réputées quelque peu frileuses...alors leur faire faire un séjour, prolongé si possible, à quelques encablures du Mont Blanc, c'était un peu risqué!
Et puis, c'est qu'elles ne sont pas si faciles à dénicher, mes altesses! Celles-ci sont arrivées en avion (c'était le moins que je puisse faire!) depuis la Grande Bretagne où elles séjournaient quasi-incognito.
J'entends déjà les murmures: "Houla! Des Perce-Neige? Déjà??? Eh, tu exagères, on n'est pas pressés de retrouver l'hiver, nous!"
Mais je trouve quant à moi, qu'un perce-neige d'automne, c'est un messager du futur printemps!
La coupe de la Reine Olga, en ce qui me concerne, est toujours au moins à moitié pleine! ;o)
Et puis, elles sont si gracieuses, mes altesses balkaniques! Non? Ca change un peu des Asters et autres Chrysanthèmes! Des étoiles, des étoiles, toujours des étoiles! Quelques petites clochettes blanches, ça repose les yeux! ;o))
En fait, il faut savoir leur proposer une chambre d'hôtes à leur goût. A savoir: chez nous en tous cas, au soleil! Eh oui, en pays "froid", elles adorent se faire une petite bronzette, au contraire de leurs cousins des neiges (Galanthus nivalis), qui préfèrent protèger leur teint pâle sous l'ombrelle de quelque feuillu bienveillant.
Et il vaut mieux leur éviter les rhumes de pied, aussi. Sont fragiles des arpions, les têtes couronnées, le saviez-vous? ;o)
J'ai quand même un petit atout dans ma manche; on dit qu'elles préfèrent les terrains calcaires (ceci dit, rien ne les empêche de s'installer en terre légèrement acide, si j'en crois un jardinier qui les cultive en Bretagne!).
En fait, il y a 2 branches dans leur arbre généalogique: les petites Reines Olga de printemps,G. reginae-olgae ssp. vernalis, et mes petites Reines Olga d'automne ,G. reginae-olgae ssp. reginae-olgae. Il faut reconnaître que vu la ressemblance avec leurs cousins bien connus (avec leur fer à cheval vert, tout simple mais de bon goût, au bord des pétales internes), je ne vois pas trop l'intérêt de se compliquer la vie à cultiver la branche "printanière"!
A moins d'être un galanthophile atteint de collectionnite aiguë, bien sûr! Que Dieu nous en préserve! ;o))
Les différences morphologiques avec les nivalis?
Il y en a quand même, mais il faut être pinailleur en diable pour s'y arrêter: des feuilles qui sont très peu développées au moment de la floraison (2 ou 3 cm, à peine), et une rayure gris très pale au milieu des feuilles en question. Je n'ai pas eu le courage de sortir le microscope pour aller vérifier de près, mais on le devine sur la photo...une fois qu'on vous l'a dit!
Il faut que je confesse un crime de lèse-majesté: j'ai bien failli leur faire le coup des Romanov, et les enterrer sans tambours ni trompettes, avec un banc de 200 ou 300 kg installé ce printemps en guise de pierre tombale, !!!
Il faudra d'ailleurs que je le déplace de quelques cm un de ces jours, car je soupçonne que l'un des trois bulbes d'origine est resté coincé là-dessous! Histoire de récupérer l'altesse souterraine, avec mes plus plates excuses bien sûr! Mais j'attendrai d'avoir du renfort pour ça, car mon pauvre dos déjà malmené cet été proteste rien qu'à l'idée de soulever la bêêête! ;o(
Mes petites reines sont installées là depuis février 2013. Elles ont donc déjà survécu à deux hivers isérois, là, au pied de la façade sud de la  maison, protégées des déluges par une légère avancée du toit, et du rhume de pieds par une terre rapportée (moins lourde que mon argile habituelle), et en légère pente pour faciliter le drainage. Ça a l'air de bien leur plaire, n'empêche!
Moralité:
- les altesses ne savent pas toujours lire (les bouquins de jardin, en tous cas!)
- d'ailleurs elles poussent plutôt en altitude (normal pour des "altesses", non?),jusqu'à 1000m dans leur pays d'origine,
- elles acceptent sans rechigner de s'installer dans une modeste chaumière (et n'amènent pas leur accordéon pour dîner, rassurez-vous!)
Bref, de jolies petites reines sans façons, à vous retrouver royaliste chaque octobre venu.
Du coup,, vous avez vu? J'ai joué à la "paparazza", je vous les ai mitraillées sous toutes les coutures. Sauf sous les jupes, évidemment! Faut pas pousser! (quoique... ;o))...Des altesses royales... ça ne se fait pas! ;o))...)
Eh! N'allez pas me traiter de snob, avec mes perce-neige d'automne à particule! Il y a bien  des colchiques de printemps, des crocus d'automne (vos "chers" petits safrans), et des roses...de Noël ! ;o)))
Moi je dis: Vive la Reine Olga!