vendredi 28 octobre 2016


Ahh la p'tite Marie ! (Rosa Marie Pavie)
 marie pavie 26 09 11
Je vais vous raconter céans la belle histoire de la P'tite Marie....à ma manière, bien sûr!  Mais il parait que vous les aimez bien, mes petites histoires de roses...;o)
marie pavie 01 11 07 02Donc, il était une fois...  Nous sommes au 19ème siècle, à Lyon, capitale des roses.... C'est là que naît, par un beau matin de mai (le moi des roses, évidemment!), dans une bonne famille bourgeoise de soyeux (ce sont les négociants en soieries lyonnaises, comme vous le savez sûrement), un tout petit bout de fille, tout menu, avec ce teint si pâle, à peine ombré de rose qui seyait tant aux demoiselles de ce temps-là...et aux nymphes bien sûr (surtout les z'émues!).
La famille Pavie (c'est son nom), serait bien, dit-on, d'origine italienne, mais c'est si lointain que les bourgeois lyonnais ne lui en tiennent pas rigueur, pour une fois.
Un bébé, surtout d'apparence fragile comme ça, ça se baptise, et sans attendre, dans ce temps-là! Des fois que!
Mais pour faire un baptème, vous en conviendrez, en plus du bébé et du curé, il faut au moins deux choses: un parrain, et une marraine!
Pour la marraine, c'est vite vu, la bonne amie et voisine de sa chère Maman fera parfaitement l'affaire. Une pieuse bigote de bonne souche. Bon, certes, elle a certes fait un mariage nettement en dessous de sa condition, en épousant un jardinier. La pauvre. Mais un jardinier de luxe, quand même. Un créateur de roses, rien de moins, Monsieur Allégatière. Membre de la Société Lyonnaise des Roses. Ah, et des oeillets aussi, mais passons. Rosiériste, ça fait moins grincer des dents que "Dianthiste", tout de même! ;o))
marie pavie 09 05 11Pour le parrain, là, c'est une autre histoire. Il faut un membre de la famille, pour prendre soin d'elle au cas où, avec ces rumeurs de guerre qui persistent en ces années 1860...
Alors c'est décidé: le parrain, ce sera le tonton Théo! En plus, il s'appelle Théodore-Marie, le tonton! Oui oui, ça tombe bien, on va baptiser le bébé Marie, en plus ça le mettra sous la protection de la Bonne Mère locale. Et le Tonton, il ne pourra pas refuser!
L'ennui, c'est que le Tonton Théo, il a la bougeotte. Un Tonton, pas flingueur, mais bourlingueur. Il habite Angers, théoriquement, mais il n'y est jamais! Toujours par monts et par vaux, le Tonton Théo arpente les Indes, les orientales comme les occidentales, l'Egypte, les îles.... Et quand il est chez lui, Tonton Théo écrit. Tonton Théo professe un peu partout. Un vrai courant d'air.
Il parait qu'il s'assagit un peu, toutefois, maintenant qu'il a passé la cinquantaine...c'est ce que dit sa femme, en tous cas, cette bonne Cornélie.
marie pavie 05 06 10Revenons à la petite Marie, dûment baptisée cette fois. Et elle grandit, la petiote! Enfin...pas trop, à peine ce qu'il faut!.
Pour ses 17 ans, elle reste menue, mais elle se transforme peu à peu en une adorable jeune fille au teint blanc, à peine ourlé de rose pâle. Elle a de magnifiques yeux verts, qu'elle met parfois en valeur dans une somptueuse robe de soie vert pâle, tout droit sortie des ateliers de son papa...
Son parrain lui a ramené des indes de suaves parfums dont elle ondoie ses cheveux d'or.
Elle a l'air si petite, si fragile, et pourtant, c'est une intrépide! Elle s'étourdit de plaisirs, elle ne sait qu'inventer pour profiter de la vie à pleines dents!
A chaque bal où elle parait, tournoyant dans ses robes de mousseline blanche, elle fait tourner les têtes et les coeurs. Chacun s'empresse autour d'elle, et les gazettes la surnomment déjà: la Petite Princesse des Neiges... mais Papa Pavie veille au grain! Au grain de folie, bien sûr.
Un violoneux de bazar, complètement entiché d'elle, lui écrivit même une chansonnette qui fit le tour de la ville, et même de Paris!
"Toi, ma p'tite Marie, toi, ma p'tite Marie,
Mon p'tit grain de fantaisie...
Toi qui bouleverses, toi qui renverses
Tous les coeurs, Marie Pavie!"
marie pavie 20 05 11Et c'est là que le destin tragique va hélas s'en mêler...
Par un triste soir de juin 1881, au sortir du bal, un carosse fou, emmené à un train d'enfer par deux chevaux noirs comme l'ébène, faucha en pleine jeunesse la belle au teint de lait...
Une abeille, dit-on, en piquant l'un des chevaux (dans un endroit que la décence m'empêche de nommer), serait à l'origine du drame.
On coucha la belle dans sa belle robe de soie verte, dans un cercueil de bois de rose, pour que chacun puisse venir admirer, une dernière fois, sa jeunesse et sa beauté.
Elle avait l'air de dormir....quelqu'un murmura même: un quart d'heure avant sa mort, elle était encore en vie!
Parents, parrain et marraine, éplorés, sombrèrent dans un chagrin que rien ne semblait pouvoir éteindre...
Pour essayer de noyer sa peine dans la musique, le Tonton Théo s'accoquina avec un certain Leo. Leo Delibes. Le Theo du Leo lui ayant raconté la triste histoire de la belle Marie, et aussi celle des "Babouches du Maharadjah", ramenée des indes, le Leo du Théo en fit même un opéra: "Lakme".
marie pavie 14 05 11"Lak- me, pleaaase Lak-meee! Je suis fouuuuuu de vou-ou-ous!!!! "
( Euh, peut-être que je confonds, mais vous voyez le genre.  Bon, je sens que je vais me faire sonner les clochettes, là... ;o))...)
On aurait pu croire que tant de gloire suffirait à immortaliser le souvenir de la belle Marie. Et pourtant, ce n'est pas grâce au célèbre Tonton Théo que nous la connaissons encore, non. C'est le modeste mari de la marraine (vous me suivez?), le rosiériste-dianthiste, qui la fera connaître au monde entier...
Quelques années après la mort tragique de la belle enfant, M. Allégatière, pour alléger quelque peu le chagrin de sa femme et de ses amis, leur offrit un magnifique rosier blanc, au coeur à peine ombré de rose par temps frais, et au doux parfum de jeune fille en fleur. Comme la belle, il fleurit à s'en étourdir tout l'été, comme s'il devait avoir éternellement 17 ans, lui aussi...Ses petits pétales de soie un peu chiffonnés virevoltent au vent, pour mieux cacher son jeune coeur encore intact.


Il planta le rosier sur la tombe de la jeune fille, et l'appela 'Marie Pavie'...
Et si l'on en croit la rose, c'est vrai qu'elle devait être bien belle, la p'tite Marie qui n'eut pas le temps de connaître l'Amour...


marie pavie 22 05 08 02