lundi 24 avril 2017

Des sceaux...à la pelle ! (Polygonatum multiflorum 'Ramosissima')

Certes, c'est un peu tôt (et un peu frisquet) pour aller à  la plage, mais je persiste, c'est la saison des sceaux, ne vous en déplaise! 
Qui n'a pas son p'tit sceau?
Tenez, par exemple, j'en ai plusieurs, dont un très joli sceau bleu
,  et même un petit sceau miniature. Entre autres!
Bien sûr, vous les avez tous reconnus, ce sont des "Sceaux de Salomon", alias des Polygonatum. 
Savez-vous pourquoi  on les appelle comme ça?

Parce que quelqu'un, un jour, a constaté que lorsqu'une tige de Polygonatum se fane, elle disparaît en laissant sur le rhizome souterrain une marque en forme d'anneau, deux ronds concentriques qui ressembleraient parait-il au mythique sceau du roi Salomon. 

Faut être un grand mystique et/ou un grand déterreur de rhizomes devant l'éternel, pour avoir remarqué la chose, tout de même!
Mais les "sceaux-s'y-sont" habitués...;o))

Certains les craignent, les trouvant envahissants. Mais pas tous, en tous cas pas chez moi! 
Leur voisine est une petite plante fragile? Les "sceaux -l'y-laissent", quitte à passer discrètement par en dessous pour aller voir plus loin s'il n'y aurait pas une petite place pour eux.
J'aurais pu penser qu'ils allaient tiquer à cause des racines voraces de la haie voisine? Pfff.... Mes "sceaux-rient" , comme disent nos amis british!
Bon, il y a probablement des exceptions, je vous l'accorde. 
Le classique sceau de Salomon de nos forêts, Polygonatum multiflorum, peut faire partie des plantes volontaristes quand  il se plait quelque part. Dans ma terre argileuse et compacte, on ne peut pas dire qu'il galope...
Pourtant, la plante dont je voulais vous parler aujourd'hui en est une variante, et  ne semble vraiment pas, au bout de 4 ans, avoir décidé d'envahir la place. Elle est pourtant vigoureuse, mais ne s'étend que lentement (et on peut toujours la limiter facilement en coupant les rhizomes).
Elle n'a été découverte qu'en 1980, par un jardinier du Jardin botanique de Gand, en Belgique, au cours d'une promenade le long d'un canal flamand!
Polygonatum humile
On dit qu'elle peut monter à 1 m de haut, comme son frère d'origine, mais ici je n'en ai jamais vu ayant des tiges de plus de 50 cm de haut, mettons 60 cm les bonnes années.
Sa particularité? Ses tiges, au lieu d'être droites et solitaires, sont ramifiées! 
Normal, puisqu'elle s'appelle: 
Polygonatum multiflorum 'Ramosissima'
un des Variegatum
(Pourquoi ce "a" au bout, ça... mystère! ;o)...)
Du coup, elle forme des volutes, histoire de bien s'étaler dans toutes les directions, et on ne retrouve pas vraiment, de prime abord, cet alignement de paires de feuilles si caractéristique de ses frères sauvages. 
Ses fleurs sont petites, et se cachent volontiers dans l'abondance des feuilles. Pourtant, cette masse opulente de feuillages vert tendre, ce petit fouillis bien vert, a quelque chose d'attirant au regard.
C'est peut-être le plus original de la famille, avec le beau 'Betberg' bleu...
P. falcatum 'Tiger Stripes'
Il a aussi plusieurs cousins, au jardin! Tous se plaisent à l'ombre des caducs, et dans une terre qui ne sèche pas suffisamment l'été au point de risquer de ratatiner ses gros rhizomes, de la taille d'une belle asperge. Ah... j'oubliais: plus ils sont à l'ombre, moins ils galopent. Si vous leur laissez voir le soleil quelques heures, ils se sentent des ailes... donc il faut les mettre dans le fond,-sceaux-au-nord, qu'on se le dise! ;o)
P. odoratum 'Fireworks'
Parmi les jolis cousins, le sceau miniature que j'évoquais plus haut, c'est Polygonatum humile, pas plus de 10 cm de haut ici,  trop petit pour baisser la tête comme ses grands frères,  et qui forme une ravissante petite colonie bien sage, au garde-à-vous, paires de feuilles bien alignées, et où les fleurs, cette fois, sont bien visibles!
Il y a aussi des panachés vert et blanc, chez plusieurs espèces: odoratum, biflorum,  falcatum...  affublés du petit nom de 'Variegatum'. J'avoue avoir du mal à les différencier, et même, pour vous dire le fond de ma pensée, je ne suis pas certaine que les noms d'espèce affichés sur les étiquettes des pépiniéristes soient vraiment les bons... ça m'a l'air assez confus, c't'affaire...Si quelqu'un dans l'assistance pouvait éclairer ma lanterne, je lui en serais très reconnaissante, d'ailleurs!
Et puis, il y a aussi  les rayés, comme Polygonatum falcatum 'Tiger Stripes', assez poussif chez moi.. ce qui n'est pas le cas du plus lumineux de tous (je trouve), le beau Polygonatum odoratum 'Fireworks' (= Feu d'Artifice)!
Planté à  l'ombre d'une haie d'Osmanthes au feuillage bien sombre, il illumine la plate-bande à lui tout seul!
A propos des 'odoratum', il y a sûrement des nez plus fins que le mien, car j'avoue ne jamais avoir senti grand chose, même à quatre pattes et le nez dans leurs corolles!
Il y en a encore bien d'autres, mais il me semblait que ce petit ramassis de sceaux pourrait vous donner des idées?
Bon, j'arrête mes sceaux-tises pour aujourd'hui...avec tous ces sceaux à la pelle, je finirais peut-être par me prendre un râteau, si j'insistais... ;o))
Ô sceau, le mio...

P. odoratum 'Fireworks'

vendredi 14 avril 2017

Une héroïne shakespearienne au jardin (Epimedium Ophelia)

"Ô pâle Ophelia! Belle comme la neige!"
Je ne vais vous réciter ni du Rimbaud ni du Shakespeare, rassurez-vous! ;o)
D’autant que l'histoire d'Ophelia n'est pas particulièrement gaie...:o(
Quel dommage,d'ailleurs, d'avoir donné ce nom pleurnichard, triste et mourant à une si belle plante!
Les Epimedium, vous connaissez tous.
Il y a les costauds de chez Costo ('Frohnleiten',  par exemple), les petites natures (la plupart des grandiflorum, chez moi!), et tous les intermédiaires possibles.
Il y a les mini-mini (comme  le pauciflorum, qui ne dépasse pas les 10 cm ici!), et les forces de la nature, comme 'The Giant', qui peut, parait-il dépasser les 2 mètres de hauteur!
Ceux qui arborent des grappes de toutes petits fleurs microscopiques (comme Epimedium borealiguizhouense), et ceux à très grandes fleurs comme les grandiflorum bien nommés (mais chochottes chez moi, hélas).
Les bien sages (parfois trop à mon goût!), qui restent en touffe (E. fargesii par exemple, ou l'incroyable 'William Stearn', qui fleurit tout l'été ou presque), et les tapissants (E. alpinum et consorts)...
'Ophelia', c'est l'un des Epimedium de Thierry Delabroye. Une référence...
Elle est issue d'une espèce découverte il n'y a pas très longtemps, en Chine et au Japon: Epimedium latisepalum ("aux larges sépales").
Une belle et grande plante (environ 50 cm de haut).
De grandes  et longues feuilles persistantes, toutes marbrées dans leur jeune âge.
Et de grandes fleurs blanches à cœur crème à jaune pâle.
On aurait pu s'en tenir là! D'ailleurs, on trouve l'espèce-type chez un certain nombre de pépiniéristes.
Seulement voilà... on ne vous dit pas tout quand on vous vante ses mérites!
J'aime beaucoup les plantes dites "botaniques", les espèces, simplement semées à partir d'une plante trouvée dans la nature. Ce sont généralement les seules à être fidèles de semis, d'ailleurs.
Mais.... des fois, un petit coup de pouce de nos horticulteurs ne fait pas de mal!
Car Epimedium latisepalum a un petit défaut: il fait des tiges florales trop fines pour supporter le poids de ses immenses grappes de grosses fleurs..et du coup, il a un-peu-beaucoup tendance à faire la courbette, et à étaler ses jolis petits bonnets blancs sur la  moquette dès leur réveil. C'est bien joli, de faire tout le temps la révérence, mais dans le cas d'espèce (si j'ose dire!) , elle n'est pas très classieuse, la courbette, surtout quand il pleut! Et que les fleurs se retrouvent plus marronnasses qu'une rose d'Albéric Barbier en fin de floraison...Pouah...

Alors Me Delabroye a savamment joué les marieurs (et les tripoteurs de pistil!) pour résoudre le problème.
Comment s'y est-il pris?
Avec quel autre fleur des elfes a-t-il comploté pour avoir des rejetons un peu moins serviles?
Mystère, mais le résultat est là: le bébé a gardé toutes les qualités de la maman, mais il a des gambettes en acier plutôt qu'en guimauve!  Surtout au début de la floraison.
Après, ça dépend un peu de la météo... ou du jardinier...
J'ai dû y aller un peu fort, avec mes grosses pattes pleines de doigts et mon gros tuyau jaune, il y a quelques jours..
Du coup, certaines tiges n'ont pas vraiment apprécié.
Mais on voit encore que celles que j'ai épargnées sont toujours solides au poste, faisant un petit pow-wow avec les fleurs du Viburnum plicatum 'Shasta', en grande préparation pour son show de printemps...
Vous pouvez me croire sur parole: 'Ophelia' a un port de reine, elle sait se tenir, en bonne princesse qu'elle est! ;o)
Je résume: un grand epimedium, dans tous les sens du terme:
Beau volume, belles et grandes feuilles marbrées dans leur jeunesse, très nombreuses grappes de grosses fleurs blanches et crème, et un tempérament plein de bonne volonté:
J'ai été surprise de sa vitesse de croissance... elle n'est au jardin que depuis 2 ans, et elle a déjà une belle présence! Certains autres, par contre, ont mis plus de 4 ou 5 ans pour ressembler à quelque chose, dans mon argile compacte!
J'ai lu quelque part que Maman latisepalum préférait (voire "exigeait"!) une terre acide...
Ah bon... Est-ce le mystérieux papa qui a appris les bonnes manières à sa descendance? Ou une preuve de plus que les plantes ne savent pas lire? ;o)
Je vous laisse le soin d'en décider, car la belle 'Ophelia' semble heureuse ici, et pas décidée du tout à finir noyée au milieu des autres fleurs comme le voudrait la tradition shakesperienne!
Si vous la croisez, n'hésitez pas à l'adopter!
Et chez vous, quel est l'Epimedium qui tient la vedette, en ce  moment? Racontez moi tout, dit l'insatiable curieuse...;o))